Phoebus

Phoebus était un chien. Un grand chien tout bête comme l’on en croise souvent dans les rues de nos jolis villages fleuris de la douce France, le cher pays de mon enfance, et d’ailleurs.

C’était un Beauceron noir aux pattes fauves qu’il croisait élégamment devant lui lorsqu’il était couché. Il avait alors l’allure d’un gentleman un peu distrait, mais  dès que j’avais le dos tourné il se transformait en un Arsène Lupin Canin. Il chapardait le moindre morceau de nourriture qui attirait son long museau. Pour moi, une seconde d’inattention, pour lui un festin.
Il adorait toutes les viandes, les plats en sauce, les pâtes à brioche et même les moules encore surgelées. Son met favori était le fromage. Il se délectait avec un bonheur coupable lorsque je le surprenais un camembert entier coincé dans sa gueule.
Pendant des années, j’ai râlé, crié et rouspété. J’ai enfermé toute nourriture, caché le moindre biscuit, placé les enfants ou les amis en surveillance autour des tables garnies, mais rien n’y faisait. Il trouvait toujours la faille qui le laissait attraper quelque chose qui se mange. Il connaissait les ruses d’un espion de la reine d’Angleterre et filait avec son butin, non sans avoir renversé ou brisé de la vaisselle.

Pourtant, je me souviens très bien de la façon délicate avec laquelle il grappillait le raisin que je lui tendais. Il attrapait un grain qu’il tirait doucement du bout de ses dents impressionnantes sans jamais me blesser.

Surtout, il adorait les poubelles. C’était son nirvana. Il les tirait de derrière des chaises mises en rempart devant une porte fermée par un aimant jalousé par Magneto. Ensuite, il les emportait dans son panier et disposait tous les déchets en cercle autour de lui. Puis, il m’attendait pour me montrer son goût unique pour la décoration avariée.  Insensible à son talent, je vociférais en enfilant des gants en plastique. Je ne compte plus les heures passées à nettoyer après lui. J’ai surement perdu une année de ma vie à effacer les traces de son enthousiasme créatif.

Pourtant, je ne peux pas oublier que lorsque je m’asseyais triste et découragée, il venait me réconforter simplement en posant sa grosse tête noire sur mes genoux. Pour lui, je n’étais pas qu’un fantôme.

Lorsque j’écrivais, il aimait dormir sous mon bureau allongé de tout son long. Je devais lui disputer la place pour mes jambes et m’énervais en  dénouant les fils électriques qu’il avait entortillés autour de son cou ou en ramassant mes papiers qu’il avait balayés d’un coup de queue.

Pourtant, lorsque je posais mes pieds nus sur son dos, je souriais malgré moi en l’entendant soupirer d’aise.

Jeudi dernier, Cher-et-Tendre et moi l’avons accompagné chez le vétérinaire. Cette fois, nous sommes revenus avec un collier vide et le cœur serré. Nous avons dû expliquer à nos enfants qu’ils ne le verraient plus. Ils ne se souvenaient même pas d’une vie sans lui.

Nous avons allumé des bougies, une pour chaque membre de notre famille si malheureuse ce soir-là. C’était notre façon de lui dire au revoir ensemble.

Aujourd’hui encore en écrivant cet article, j’ai trop de place sous mon bureau, mais pas assez dans ma poitrine.

Phoebus était un chien. Un chien trop grand, mais pas si bête que ça. C’était mon chien. Il valait bien un post sur ce blog et toutes les larmes que nous avons laissées couler pour lui.

Adieu le chien.

Daisy Lewis

Phoebus le Chien

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